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On est comme l’époque, curieuse et médiocre. On aurait voulu voir l’image de Jean-Luc Godard arpentant le tapis rouge. Grimpant les marches du palais. Atteignant l’Olympe. Enregistrant à jamais la scène improbable : Godard himself à Cannes. Mais Cannes n’est plus l’Olympe. Ce n’est plus des dieux qui y obtiennent leur ticket d’entrée mais les imposteurs d’aujourd’hui. Des stars de télé-réalité, des mannequins l’Oréal sans talent et sans avenir. Alors finalement, après mûre réflexion, on préfère que le génie reste dans sa tour d’ivoire, et qu’il en descende de temps en temps pour filmer une réalité moins glamour. Une réalité de type grec. Pas de type cannois. Oui, c’est plus raccord avec l’idée qu’on se fait de JLG. Un type qui ne changera pas. Têtu et borné, le genre de type pour lequel on aime se disputer. Car si Godard a été un imposteur pour beaucoup, personne ne peut se permettre de dire qu’il l’a fait sans talent. Avec un sens divin de la mise en scène et de la contradiction. Ce que François Truffaut, l’éternel faux gentil balançait à sa façon dans une lettre assassine.

« Tu détiens la vérité sur la vie, la politique, l’engagement, le cinéma, l’amour, tout cela est bien clair pour toi et quiconque pense différemment est un salaud, même si tu ne penses pas en juin la même chose qu’en avril » [Mai 1973]

Godard dit adieu à Cannes

La vérité en 2014, comme en 2010, c’est que Godard est fidèle à lui-même. Imperturbable sur sa décision de ne plus mettre un pied sur la terre cannoise. Cette fois-ci ce n’est plus des problèmes de type grec qui empêchent sa venue. Dans un entretien à la télévision suisse, Jean-Luc Godard justifie sa décision par un « parce que j’y suis déjà allé. Il n’y qu’à regarder le film et dire si vous le trouvez bien, et puis voilà ». (Voir l'entretien en intégral ici)

Et puis voilà. Un cigare à la main, un air de savoir la vie comme personne et un sourire filou comme à ses débuts, JLG met fin à ce que l’on savait déjà. Il ne viendra pas. C’est tellement mieux comme ça. On a toujours préféré les vieux cons qui ne changeait pas d’avis à ceux qui retournent leur veste toujours du bon côté. Ils attirent notre sympathie, pas notre mépris. Par cet acte, il continue à écrire son histoire du cinéma. Compositions contradictoires classées en périodes où le professeur Godard « tente d’entendre et de faire entendre le temps » comme il l’explique dans Histoire(s) du cinéma. Professeur, il n’aimerait guère le terme. Celui de génie lui convient aussi peu. Durant cet ’interview Godard avoue qu’il ne se considère d’ailleurs pas comme un génie, il est plutôt ce qu’on appelle « un autiste de haut niveau, et j’aime mieux dire un autiste de caniveau ». L’amoureux du mot est en compétition à Cannes pour une nouvelle composition nommée Adieu au Langage. Un candidat sérieux à la Palme. Cette fois-ci, avant le round final, Godard se retire de la compétition, ou plutôt du cirque médiatique. Refusant l’arène mais pas les jugements. Clap de fin sur le show Godard, une dernière fois – jusqu’à la prochaine – il dit « jugez mon cinéma ». La vraie star c’est lui, le film. Le vrai sujet, c’est ce nouvel ovni filmique en prévision.

Tag(s) : #Cinéma, #Jean Luc Godard, #Cannes, #Adieu au langage

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