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« Ils ne respectent aucune loi sauf celle du marché ». Le message affiché de La Crème de la crème avait des airs de spot publicitaire pour un reportage du dimanche soir sur M6 avec une grosse voix en arrière-fond et des images bien trash, vous visualisez ? Filles dénudées, liasses de billets et personnages principaux sans scrupules. Le peintre de l'oeuvre est fidèle à sa commande, puisqu'il y a bel et bien un peu de tout ça dans ce cocktail détonnant et racoleur qu'est le nouveau long métrage de Kim Chapiron. Le fondateur du collectif Kourtrajmé poursuit sa route de réalisateur avec une descente armée en sexe, pouvoir et fric chez les filles et fils à papa ayant décrochés leurs précieuses entrées pour l'élite, la sage reproduction de la caste : l'école de commerce. Au-delà des armes racoleuses c'est toute la morale capitaliste, ou plutôt l'absence de morale, que le réalisateur s'évertue à orchestrer avec des dialogues et situations qui font mouche.

 

Caméra au poing, musique branchée en guise de bande originale et bible libéral en main, il filme avec une justesse décapante les coulisses d'une école réputée où la génération Y, une génération née du bon côté pour certains et recherche d'une meilleure cote pour d'autres. Entre deux beuveries et cinq soirées sur une semaine de sept jours c'est pas mal, certains réussissent à « per-cho » tout ce qui bouge. D'autres n'ont d'autres choix que de passer leurs soirées sur YouPorn ou leurs révisions pour les plus studieux. Les lois du marchés ne triomphent pas que dans les manuels. Elles sont monnaie courante au sein de l'école. Alors Dan, le doux loser, Louis, le charismatique winner et Kelliah, l'habile observatrice, décident de former un trio improbable et de transformer leur campus en lieu d'étude et d'expérimentation. Mettre en pratique ce qu'on leur enseigne dans les amphis de la jeunesse dorée, plus préoccupée par sa prochaine beuverie au son des Lacs du Connemara que par l'état des finances mondiales. Leur tactique est simple : payer des filles pour que les garçons les moins cotés gagnent en réputation. Et le pire c'est que l'affaire va marcher, fructifier, comme une entreprise ayant compris les contraintes et flexibilités du marché. Leur arnaque marche sur les filles, sur les mecs et sur le public qui a de suite envie de savoir comment ces petits Loups de Wall Stree précoces et intelligents vont s'en sortir. Est-ce que comme les pères de la finance, sans foi, ni morale, ils échapperont à la sanction ?

The world is yours jeunesse dorée

Kim Chapiron filme un monde clos, refermé sur lui-même dès la première scène. Un monde qui se regarde le nombril bien que chacun accepte de regarder ailleurs ou plutôt de prendre du plaisir à coucher avec la vendeuse du centre commercial du coin puisque chacun sait que sa vie est sagement tracée avec une promise de bonne famille. Dans l'enceinte universitaire, sous les manuels d'économies c'est d'abord le principe de la caste qui cartonne. « Fumer, boire et baiser » c'est le mantra de ces étudiants, oui, mais entre eux. Si on peut être tenté de reprocher à Kim Chapiron cette vision coincée d'une génération désenchantée sous les paillettes de la fête, son soin à  bannir les heures de cours de son champ de vision, on réalise dans le dernier quart d'heure qu'il s'agissait de la meilleure façon de faire. Ces sales gosses ont compris la leçon enseignée. Soyez les rois du monde, calculez tout en terme d'offre et de demande, et ça marchera. « Nous ne sommes pas là pour avoir un diplôme, mais pour se créer un réseau ». Le trio infernal a parfaitement saisit le principe de ces années à s'emmerder à apprendre l'économie souvent comme papa. Étrangement celle qui a le plus parfaitement enregistré le message c'est Kelliah (Alice Isaaz). Sens de l'observation et de la persuasion c'est elle qui tient la petite entreprise. Même en crise c'est elle qui dans un dernier quart d'heure tiendra les rênes de la défense et triomphera du déterminisme social et amoureux. Cette dernière scène est la preuve que jamais le réalisateur ne juge sa troupe de mauvais garçons et filles. Ils sont sans regret de leurs actes. Cyniques dans leurs méthodes. Plein d'humour dans leurs dialogues. Chargés à bloc pour l'avenir. Consciencieusement désillusionnés avant l'heure sur leurs parcours. Le public n'apprécierait guère l'amitié de ces êtres animés par les beuveries et l'importance du réseau, pourtant il ne peut se laisser aller à les haïr complètement. Chapiron les filme enfermer dans leurs bêtises adolescentes et bientôt adultes parce qu'ils ne connaissent pas l'extérieur. N'ont pas ce désir de connaître l'autre monde. Ce monde abjecte est le leur et c'est l'extérieur qui en payera les frais.

Tag(s) : #La Crème de la crème, #Cinéma, #Kim Chapiron

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