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« You can't always get what you want ». L'air indémodable des Stones boucait la première saison de Californication. Six saisons plus tard, à l'aube de la der des der, les accros aux errances alcooliques, sexuelles et textuelles de mister Hank Moody, seraient presque plus curieux de savoir quelle chanson viendra définitivement refermer le chapitre Moody que de connaître le fin mot de l'histoire – à savoir est-ce que Hank et Karen couleront des jours heureux ensemble du côté de Los Angeles.

Californication, la série pour les "pauvres âmes nés trop tard"

Hanky, pour les intimes, a débarqué sur les écrans américains en 2007. Depuis cette date, il a passé plus d'heures la tête entre les jambes des femmes que devant sa machine à écrire. Plus d'heures accompagné d'une bouteille de Jack Daniels que de sa fille Becca. Plus d'heures à cracher des délicieuses horreurs salement éméché, le nez légèrement repoudré, qu'à réussir à gagner sa vie en exerçant son métier : écrivain. Originaire de New York, il a élu domicile à Los Angeles dans le quartier arty de Venice. Mais les anges n'ont jamais mis les pieds à LA et God Hate us all (dixit le titre de son grand succès littéraire). Là-bas, Hank, délicieux narrateur souvent dégoûté de lui-même, doit affronter, entre autres, la terrible épreuve de l'écriture : l'angoisse de la page blanche. Toute page blanche, toute cuite, tout égarement a une origine. La sienne s'appelle Karen. Une déesse blonde rencontrée dix ans plus tôt à New York. Depuis six ans, les accro à Moody supporte son amour inconstant pour sa muse Karen et ses baisses de régime. Car si l'interprète Duchovny continue à fasciner, Californication continue à s’essouffler dans sa quête inlassablement hédoniste. Et finalement si on en est encore là, à attendre un dénouement qu'on espère loin des happy end à l'américaine, ce n'est pas seulement pour l'amour de ce Bukowski des années 2000 et de ses diatribes enflammées. C'est aussi pour l'amour de la musique, de ce temps si cher à Hank. Le bon vieux temps du rock'n'roll. Car si Hank a perdu de son aura de héros rock'n'roll au fil des saisons, la bande-originale est restée fidèle au mantra le plus célèbre de la musique « sex, drugs and rock'n'roll ». Dans la première saison, il y avait ce dialogue imaginaire entre une conquête du héros et lui-même, sans cesse au bord du gouffre. Dialogue annonçant les saisons de débauche, les galipettes exubérantes et des sons d'outre-tombe que les mémoires n'ont pu avoir le courage d'oublier.

« Il y a urgence, dit-il en se versant un autre verre. Et pourtant, me voilà baignant dans une rivière de chattes ».
« C'est reparti, pensa t-elle, encore une diatribe hédoniste aux relents de whisky sur ce putain de bon vieux temps... Sur nous autres, pauvres âmes nés trop tard pour voir les Stones ou sniffer de la coke au Studio 54. On a raté presque tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ».
Et le pire, c'est qu'elle était d'accord avec lui.
« Nous y voilà, pensa t-elle, au bout du monde, aux limites de la civilisation occidentale, tellement prêts à tout pour ressentir quelque chose, n'importe quoi, qu'on se téléscope les uns les autres et qu'on baise à tout va, en attendant la fin des temps ».

Le man of wealth and taste des Stones s'est égaré dans la petite lucarne. Sous cette mascarade de vie, faites de minous et de cadavres de bières qu'est Californication subsiste la parole transgressive, l’œil cynique d'un précieux anti-héros. Un homme de goût riant de tout, baladant sa verve sans limites sur les situations les plus trash. Un éternel ado (attardé?) qui n'avait point voulu de l'american way of life. Le california dreamin a trépassé, Hank le sait. Seule sa musique subsiste en fond sonore au volant de son cabriolet déglingué. Il voyage dans un LA réveillé de son rêve. Fait circuler sa diatribe riche en saloperies sur les faussaires de l'époque, le cinéma, la télévision et même la musique tout en participant à la duperie. Car ce man of wealth and taste est à l'image de l'époque, médiocre et contradictoire en permanence. « But what's puzzling you is the nature of my game » ironisait Jagger sur Sympathy of the Devil. The game is over. Ce dimanche Hank s'apprêtera peut-être à raconter la réelle nature de son jeu depuis sept saisons. Génie incompris ou tocard de l'époque. Éternel amoureux ou salopard de première. Hank « a raté presque tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue » comme l'écrivait Mia dans la première saison, et cette certitude qu'il trimballe à chaque épisode toujours accompagné d'une musique de ce temps qu'il fallait vivre, nous le rend infiniment attachant. Et comme ce temps qui lui est si cher, on peinera à le remplacer...

Tag(s) : #série, #Californication, #Musique, #Télévision, #David Duchovny

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