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Il y a un tas de choses difficiles à justifier dans la vie. Aller à un concert de Vincent Delerm fait partie de ces choses. Comme justification à ce geste tant souhaité par le passé, quand tes proches te charrient durement, tu bafouilles un timide « mais qui pourrait être assez sensé pour m'accompagner à un concert de Delerm ? ». La seule personne qui l'aimait s'est fait la malle et les médiocres restants collectionnent les qualificatifs négatifs à son égard : tête à claque, déprimé déprimant, bobo inutile à la chanson ne savant même pas chanter... et j'en passe. J'aime les têtes à claque, les déprimés aux textes implacablement déprimants, les bobos révisant sans cesse leur Truffaut en chansons et les chanteurs ne savant pas chanter. Point d'autre justification. Pour un mois, Vincent Delerm s'installe avec ses Amants Parallèles au théâtre Dejazet, jolie petite salle pour un artiste attaché aux jolies petits riens de la vie. Si l'on s'autorise une petite étude sociologique, ce soir-là dans la salle, la moyenne d'âge avoisine les 35-40 ans, s'envolant parfois vers la sphère des soixante. Laisse béton, l'homme de ta vie n'est pas dans la place. Les amours comme dans les Quatrième de couverture ce n'est hélas pas pour ce soir. CHUT. Pendant un concert de Delerm, on met son cerveau sur pause. Faire abstraction de ce qui est dehors. De l'urgence. Du bruit. De tout ce qui entoure. L'artiste qui s'apprête à apparaître, lui, brode des chansons miraculeuses sur tout ce qui entoure le quotidien. Des chansons confortables alignant des sentiments souvent inconfortables. CHUT. Les lumière s'éteignent. Le noir règne. Et l'écran de la scène projette ces quelques mots provoquant sourires et rires. Delerm y explique que le concert est en deux parties. L'une consacrée à son nouvel album... « qui dure 30 minutes...  bon disons 35 ». L'autre partie du concert sera quant à elle composée de  « chansons normales ». OUF. La salle aura sa dose de Delerm de toutes les époques. Un Delerm toujours le même. Soignant autant ses chansons que le caractère théâtral de son show soigneusement enchanté, Vincent Delerm guide son auditoire dans un monde bien à lui. Celui d'un garçon doté d'un talent inné pour saisir au vol les petites choses de la vie et cette grande chose qu'est le sentiment. Pour l'accompagner sur scène, un simple piano à queue tandis qu'un autre à l'ancienne, au joueur invisible, s'active seul. Ne laissant entrevoir que la grâce de ses notes. Comme pour prolonger le mystère cher au monsieur : le sentiment amoureux. Après avoir entamé son tour de chant avec les premières chansons des Amants Parallèles, l'artiste s'autorise un petit monologue delermien. Convoque l'enfant qu'il était, celui qui un soir de vacances regardait avec sa famille un film « sur le déclin du désir amoureux ». Il raconte le choc que fut ce film ou ce déclin. Ce choc de n'en avoir jamais reparlé. De ne l'avoir jamais compris. Sur scène, suite à cette touchante anecdote, Les Amants parallèles, album concept contant le parcours amoureux d'un couple, du feu de la passion au poids de l'habitude, prend une forme évidente, émouvante pour les amoureux de la première heure des textes de Delerm. Ces formes sont des silhouettes dansantes sur le fond du plateau, des mots placés en parallèle, des lumières rouges vacillantes... Des instants précieux et moins de la vie projetés comme pour prolonger le questionnement d'un album. De toute une vie. Jamais triste, toujours touchante, cette première partie expose un Delerm que l'on savait déjà maître dans l'art de cinématographier son art (la chanson). Un Delerm délicieusement incapable de répondre à ses interrogations intimes. CHUT c'est fini. 35 minutes c'est indéniablement trop bref. Mais bref est aussi le désir dans les faits.

Vincent Delerm enchante ses amants parallèles

Changement de registre. Retour à la lumière, aux premiers amours et au piano guilleret, le Delerm tant aimé des débuts et tant moqué depuis refait agréablement surface pour la seconde partie. Spectacle vivifiant pour les fidèles des fidèles. Étonnant à coups sûrs pour ceux qui méconnaissent le spécimen. Les lèvres susurrant les Filles de 1973 – qui n'ont plus hélas trente ans comme le souligne l'artiste. Les chœurs improvisés de la salle reprenant le « A bon » de La Vipère du Gabon. La salle battant du pied pour la Natation synchronisée pratiquée par des amours de tout temps. Les retrouvailles avec les personnages phares et aimés Fanny Ardant, Patrick Modiano, Gérard Depardieu, Jean-Louis Trintignant... Le tout ponctué par des anecdotes delermiennes, un humour décalé et implacable sur son oeuvre comme ce final où l'auditoire vote à main levée pour  « une chanson triste ou un peu triste au choix ». La Vie est la même fermera en douceur cette parenthèse enchantée. Un adieu en forme de promesse au public. Rien ne changera donc ni la douceur du garçon, ni le déclin du désir amoureux. OUF. Et les avis des autres et les besoins de justification n'ont alors plus aucun sens.

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