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Quand un concert de Fauve se termine, c'est toujours la même rengaine. Plein d'envies battent à la chamade en toi. Ça fait du bruit. Déambuler dans Paris, refaire le monde, picoler, insulter le blizzard, déconner comme des gosses et puis – et surtout – écouter Cyril Collard. Revoir Les Nuits Fauves. La claque. La vraie claque dans ta gueule. Foutue par un type que la société jugeait bancal, parce que bisexuel, parce que victime du SIDA, parce que tout ça ne faisait pas très propret dans ta sale France. En 1992, caméra au poing, il signait le portrait d'une génération – celle des années SIDA - avec une féroce envie de vivre, une incapacité maladive à choisir une route et trimballait avec rage toutes ces difficultés de la vie. « Tu t'es révolté par le sexe parce que tu n'as rien trouvé d'autre » lui lançait une femme dès les premières images. Fauve est de cette trempe. Féroce, fougueuse, bancale, nerveuse et fragile. Le lien de parenté est plus qu'évident. Plus que plaisant. Dans les chansons du collectif, la révolte passe aussi par le sexe (Kané, Nuits Fauves). Mais en vraie elle passe par la musique. Certains haters diront que Fauve n'est pas de la « musique ». Plus un phénomène, une arnaque sagement orchestré par des médias parisiens branchés et une troupe d'adolescents en mal de vivre. Un groupe aux préoccupations méprisantes pour les uns : révolte « adolescente », mal de vivre, refus d'appartenir à une maison de disque ou de se montrer à visages découverts dans les médias. Un groupe aux préoccupations honorables pour les autres : révolte par le texte, de celle qui n'ont pas d'âge, pas le droit de prendre une ride, soif de vivre malgré le mal, garder son projet précieux hors de la horde commerciale. On se déchire pour ces vieux frères, ces cousins lointains, ces messies d'une génération, ces anonymes chéris ou détestés selon le bord où on se trouve. Mais les deux bords devraient reconnaître une chose. Avec Fauve, la musique redevient ce qu'elle devrait toujours être, ce que parfois avec le temps, l'habitus, le succès, elle oublie au détour d'un album : une affaire de passions, de discussions virulentes, de cœurs déchirés. Une bande-originale de la vie. D'une époque de la vie. Fauve est de l'époque. De l'époque où l'absence de courage et les excès de colère font rage. De l'époque où rester 40 ans sur les mêmes rails effraye. Il n'y a rien d'adolescent ou de méprisant là-dedans. En tous cas pas pour ceux qui se sont jetés sur leur premier album sorti dans les bacs hier. Pour ceux qui remplissent durant 20 dates le Bataclan. Pour ceux qui les aiment depuis le début il y a maintenant deux ans. Pour ceux qui les aiment depuis peu de temps. Pour ceux qui sont justement « De ceux ».

Nuit Fauve au Bataclan premier acte

« Nous sommes de ceux » ouvre le bal des ratés modernes, comme aime à se définir le collectif. Manifeste d'une génération rassemblée pour le premier soir de Fauve au Bataclan. Un Bataclan plein à craquer, comme la première fois en juin dernier. Un Bataclan qui attendait ses nouveaux héros d'une chanson française en mal de textes. Un Bataclan qui n'avoisinait plus les 20 ans. Brassait vingtenaires et trentenaires de tout style, de tout âge. Le garçon brun du premier soir, a toujours ce tic charmant de passer sa main dans les cheveux, détail de son tract encore intact. Cette fois-ci l'éclairage lui donne un âge. 25-30 ans, normal. Physique, quelconque. Puissance textuel, bien au dessus du reste. Au premier titre issu du nouvel album succède le coup de cœur du premier. De celui qui rassemble les troupes. Les transcende par la musique. En liesse le premier rang reprend en cœur un refrain aux allures d'hymne. Tous les rangs doivent alors être rassurés de savoir qu'ils vont pouvoir vibrer sur les hymnes passés. Haut les cœurs. La soirée débute pleinement sur un tempo inlassablement entêtant, virulent, gratifiant. Les belles choses sont dites, et Fauve nous serre fort, nous connaît comme s'il nous avait fait. Et si on était tous des vieux frères le temps d'un concert ? Les paroles scandées font échos au moment. « On a la chance de s'être trouvé c'est prodigieux ». L'heure qui va suivre sera une succession d'échos. Les choses parlées, scandées, criées sur scène appartiennent à tous. La différence étant que ces cinq types sur scène ont pris le droit de sortir ce que leurs têtes renfermaient. « Hurler les mots pesants avec des voix d'adolescents qui n'ont jamais muets ».

Nuit Fauve au Bataclan premier acte

Les mots suivants sont ceux de Saint-Anne, Lettre à Zoé, 4000 îles, Requin Tigre... Quelque part entre rock et rap, poésie brute et chanson française, premier EP et premier album, Fauve satisfait son public, celui qui peine à trouver satisfaction dans la vraie vie. Le tour de chant – très justement non chanté mais plutôt clamé avec nervosité et urgence - est ponctué par des petites explications de ce que contient le premier album. L'histoire de « ces vieux frères » mis en mots, une bande de potes qui plaquent tout pour vivre l'aventure Fauve. Une bande de mecs un peu bancales qui utilisent la musique comme catharsis. « C'est plein d'imperfections mais on s'en branle » lance t-il à son public. Parce que ça ressemble à Fauve, à leur personnalité, à leur projet où se sont greffées de nouvelles personnes en cours de route. Les adulescents de Fauve remercie leur public adulescent à chaque intermède. Le chanteur ironise sur « les probables couac de ce premier concert ». Plus tard quand la relou de service du concert – il en faut toujours une – réclame un meilleur son, il rétorquera un « mais tu as raison, on est là pour ajuster ». Pas complètement pro, toujours partant pour souligner leur côté apprentis de la vie et de la chanson, Fauve a ce truc chouette ancré en lui : l'égal de son public, pas mieux, pas pire. Nous sommes alors tous des cobayes... en effusion sur des sons qui j'en suis sûre dans dix ans nous écouterons avec mélancolie, ce bonheur d'être triste en regardant un passé heureux. Quand le chanteur annonce le quart d'heure américain du concert de Fauve. Quand les premières notes du tellement vécu Rub A Dub circulent dans l'air. Quand Infirmière, prochain tube en perspective, séduit la foule alors que le public ne la connaît que depuis quelques heures. Quand la foule reprend en cœur ce « Tu nous entends le blizzard ? Va te faire enculer ! ». Le casse du siècle est en marche. Il pourra durer quelques mois, années ou décennies, il aura au moins fait acte de présence dans nos vies et nos oreilles. Il aura instituer un « mieux » dans la musique. Il aura eu le mérite d'être désespérément optimistes dans une époque négative. Fauve est cette infirmière qu'il chante.  Il n'a pas renoncé à la beauté du monde et avec lui « sur la musique, on va on vient ». C'est hautement satisfaisant.

Tag(s) : #Musique, #Fauve, #Bataclan, #les nuits fauves, #cyril collard, #vieux frères

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