Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Si le cinéma français rechigne à filmer sa province et ses petites gens empêtrés dans leur quotidien, le cinéma américain a ce devoir tatoué au corps de sa caméra. Si les acteurs français rechignent à se métamorphoser pour un rôle, les acteurs américains ont eux le devoir de transformation, de l'incarnation qui marquera à jamais les esprits. Deux faits pour lesquels d'avance, le cinéma américain mérite – de temps à autre - notre salut. Les Brasiers de la colère est de cette trempe. La caméra fixée sur une Amérique en déclin. A l'aube d'une élection légendaire plus exactement. 2008, Obama doit réinjecter du rêve américain à sa nation au point mort. A Braddock, bled sinistre et sinistrée de Pennsylvanie, les journées s'enchaînent et se ressemblent. Les mêmes gestes pour les travailleurs de l'aciérie. Les mêmes tournées au bar après le boulot. Une routine qui se rouille. Une famille comme tant d'autres, dans la survie. Russell un honnête ouvrier (Christian Bale) doit faire avec un boulot éreintant, un père malade après des années de bons et loyaux service et Roodney un frangin revenu d'Irak (Casey Affleck) par miracle. Pour oublier les horreurs commises là-bas, il se prend des coups et en donne dans des combats organisés par les malfrats du coin. La suite ? Un mauvais timing des destinées pour ces deux frangins d'une Amérique rongée par sa violence.

A history of a violence

Quand Scott Cooper filme Christian Bale en liberté, arpentant les rues de sa ville natale, des années après la crise, le rêve américain a déserté l'image. A t-il seulement existé pour ces gens-là ? Ces travailleurs de l'ombre ? Sans pathos, sans appuyer là où ça fait mal, il filme l'absence de vie et de seconde chance dans cette Amérique aux airs de Voyage au bout de l'enfer. Des années de prison pour l'un, des mauvaises fréquentations pour l'autre et une Amérique en phase avec son incapacité à gérer la sauvagerie de ses américains et ses zones de non-droit. Car Roodney à force de collectionner les mauvaises rencontres va tomber sur celle de trop et disparaître. A partir de là, son frère va décider de faire justice lui-même. La véritable énigme du film repose sur le « quand » basculera t-il du côté obscure du « œil pour œil, dent pour dent ». Lors d'une nuit approchant l'ennemi en jouant les drogués, lors d'une séance de chasse la proie dans le viseur... La colère perceptible dans ce regard profond est susceptible de s'embraser à tout moment. Et c'est cette susceptibilité qui nous capte, nous spectateurs. La véritable force du film repose sur les épaules de ce grand acteur qu'est Christian Bale. Métamorphosé à chaque rôle, impressionnant comme un acteur du Hollywood des années 50, juste comme le propos le demande. Il s'enfonce avec conviction dans les méandres non pas de la vengeance mais de la justice fondée sur la violence. Il faut le voir avoir tout perdu ce héros moderne marchant avec conviction, dans une aciérie vidée de ses travailleurs, vers l'assassin de son frère (Woody Harrelson). Fou furieux, comme le cinéma et l'Amérique en produit tant. Lui n'a pas fait tatouer sur ses mains le Love et le Hate de Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur mais un vulgaire et direct Fuck You. Symbole d'une Amérique née dans le terreau de la violence. Sans cesse susceptible de la voir revenir et tout emporter avec elle. Les bons comme les méchants.

Tag(s) : #Les brasiers de la colère, #Cinéma, #Christian Bale, #Casey Affleck, #Woody Harrelson, #Scott Cooper

Partager cet article

Repost 0