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Dans une chambre au papier peint décrépit, aux meubles sans âges, Maxime (Vincent Macaigne) trentenaire entre deux âges tente quelques accords sur sa guitare. Ce rocker mélancolique a fui la capitale pour quelques temps. Celle-ci trop agressive à son goût ne l'inspirait plus. Le voilà donc regagnant sa chambre d'adolescent dans la bourgade de sa jeunesse pour retrouver l'inspiration, les notes qui feront mouche dans ce décor au silence insistant. Tonnerre est le nom de cette ville. Un nom qui sonne faux apposé sur ces décors aux rues quasi désertes, aux intérieurs restés coincés en 1970, aux paysages sans âges suintant l'ennui. Tonnerre, ville de Bourgogne, ville morte parmi tant d'autres en Province. Qu'est-ce qui peut bien venir réveiller notre bel endormi ? Sûrement pas un père (Bernard Menez) retraité sagement loufoque. Sûrement pas l'inspiration. Il faudrait aimer pour ça...

Il pleure dans le coeur de Tonnerre

L'amour est jeune. Il a le teint pâle d'une héroïne de conte. Les courbes d'un Botticelli. Et l'indécision de l'époque tatouée au corps. Mélodie (Solène Rigot) interviewe Maxime. Puis Maxime la recontacte. Et de sortie en sortie dans cette bourgade de l'ennui, l'enivrement de l'amour produit l'effet désiré. Histoire banale dans cette France du quotidien, trop rarement sur grand écran. Histoire qui comme l'amour vous balade de paysage triste (les rues de Tonnerre) en paysage magnifique (un lac enneigé) avant de vous basculer dans l'incompréhension totale. Le récit tendre bifurque soudainement dans le film noir et son héros part en vrille totale.

 

Alors c'est le coup de tonnerre dans ce paysage morne, et la naissance – déjà annoncée – d'un Vincent Macaigne aux multiples talents. Jeune acteur aux airs de Gérard Depardieu période Valseuses. Capable de jouer le pire et le meilleur des types banals toujours avec un regard irrésistible. Obligeant la personne assise dans le fauteuil rouge à être en total empathie avec lui quoi qu'il fasse. L'empathie c'est elle qui habite en premier ce Tonnerre où les personnages croisés même furtivement arrache de suite un sentiment de familiarité, d'intense sincérité. Comme cette scène où Maxime va dîner chez un ami tout récent, où une gamine récite du Verlaine, avant que son père dans l'intimité avoue à Maxime ses tendances suicidaires. Le corps tremblant, les yeux humides et un beau moment de réalité. Combien sont-ils ces pères sur la corde raide ? Combien de chagrin amoureux qui donnent envie de tout casser ? Combien de famille où la communication n'est capable de se faire que quand tout est sur le point d'imploser ? Sous ses airs mornes Tonnerre brasse l'amour porté à l'autre qu'il soit petite amie ou famille, la difficulté de lui dire les choses en face – les meilleures scènes ne sont-elles pas celles d'un fils sensible face à la fausse légèreté de son père ? - sans faire blesser quiconque. Tactique quasi impossible parfaitement et simplement mis en scène par Guillaume Brac.

Tonnerre bande annonce

Tag(s) : #Cinéma, #tonnerre, #Vincent Macaigne, #guillaume brac

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