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« Il m'a dit que c'était un film sur deux bobos parisiens ». Bouche-toi les oreilles ou frappe la nana derrière toi, au choix. Quand tu t'enfermes dans une salle aussi grande que ton studio parisien du MK2 Beaubourg, tu fais forcément le choix d'aller voir un film « sur des bobos pour des bobos » mais entendre le terme « film pour bobo » dans la bouche de quelqu'un te déclencherait presque une crise d’urticaire sévère. Oui, dans le film que s'apprête à nous dévoiler ce grand écran – petit dans les faits – le mec a les cheveux en vrac, il commente toutes ses actions et pensées comme un Antoine Doinel version 2014 – merci Truffaut pour cette invention – il aime une fille, lui court après désespérément, il est un peu lâche et forcément totalement attachant, chez lui il y a une affiche d'un film de Robert Bresson, il travaille un peu dans le monde de l'art, traîne beaucoup dans des quartiers bobos parisiens et puis surtout il va au MK2 Beaubourg voir des films. Et plus tu regardes ce beau mec banal – rendu beau par la douceur d'une caméra – plus tu comprends que l'étiquette Nouvelle Vague et vue, revue, carrément dépassée. Que cette époque bénie des dieux du cinéma n'a pas le monopole de la sensibilité dans la banalité.

2 Automnes 3 hivers frileux et 1 doux film

Tout commence dans un lit. Celui d'Arman. La tignasse en vrac. Le tshirt débraillé. La voix voilée. Face caméra, une voix-off présente ce trentenaire bien commun à la vie si peu originale. Arman a 33 ans, un métier dont on ne parlera pas vu qu'il est peu intéressant comme la majorité de ceux des trentenaires. Un nouveau plan fait son apparition à l'écran. Cheveux en vrac, traits fins, la même voix-off nous présente une jeune femme de 27 ans. Elle s'appelle Amélie, et tôt ou tard elle sera la petite amie d'Arman. Comment ils arriveront à cette étape ? On se privera de cette révélation. Durant 2 automnes et 3 hivers, ils auront le temps de se rencontrer, de s'oublier, de se recroiser, de commencer une histoire, de vivre quelques instants doux, de se séparer, de surmonter une étape et de se retrouver dans le lit de départ. Une histoire comme doivent en vivre des milliers de trentenaires avec des grandes embardées de bonheur et la vie qui guette au coin de la rue pour vous faire un croche-patte. Une belle embardée avec séquelles à la clé.

2 Automnes 3 hivers frileux et 1 doux film

De cette réalité banale, Sébastien Betbeder livre sa version des faits. Ni cynique comme la génération croquée, ni dramatique comme les situations pourraient l'y obliger, ni ridicule comme l'amour parfois éprouvé, ces « presque » deux années express nous réaniment. Bouffée d'oxygène dans un cinéma qu'on cherche à tout prix à étouffer dans la case "cinéma par et pour bobo" . 2 automnes 3 hivers parle de la difficulté à se caser dans une relation, un travail, une envie. 2 automnes 3 hivers évoque à travers des scènes d'une grande douceur  la fugacité, la montée d'adrénaline qu'est ce mystérieux sentiment amoureux pour l'instant d'après vous prendre la vie d'un proche. 2 automnes 3 hivers pose des images sur des scènes de vie déjà vécues « et approuvées ». Qu'elle est belle cette scène où Arman légèrement ivre retrouve un morceau de Michel Delpech dans son iPod et l'écoute à vélo dans les rues du Marais. Instant fugace. Meilleur instant. « Les films sont plus harmonieux que la vie » disait François Truffaut. 2 automnes 3 hivers est plus harmonieux que la vie.

 

Dans sa forme, il s'autorise des fantaisies risquées : le recours incessants à la voix-off, des personnages qui commentent leurs actions, des intrusions d'extraits de films pour justifier les discours des personnages, des œuvres d'art insérées à l'image. Deux ans de plusieurs vies traversées par des références, des dissertations sur les événements et les émotions, et jamais une once d'ennui pour le spectateur même quand les personnages s'ennuient dans leur propre cinéma.

 

Euphorique et fragile, sentimental et ironique, mélancolique et inquiet, l'histoire de Sébastien Betbeder brasse tout ce que peut brasser le trentenaire d'aujourd'hui, et pas seulement le « bobo » enfermé dans son MK2 Beaubourg. Trop réducteur pour un auteur – à suivre de près – qui a le tact pour enchaîner instants de grâce et instant de loose avec une sensibilité jubilatoire. Enfin si l'on apprécie tellement cette pépite hivernale c'est parce que le trentenaire ici présent sait nous arracher larmes, rires, frayeur et joie en l'espace de quelques scènes. Un trentenaire prénommé Vincent Macaigne. Un acteur qui monte comme on dit dans le jargon. Un type passe-partout parfait pour transformer des histoires banales en histoires marquantes que les mémoires cinéphiles ne sont pas prêtes d'oublier.

bande-annonce 2 automnes 2 hivers

Tag(s) : #Cinéma, #sébastien betbeder, #Maud Wyler, #Vincent Macaigne

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