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« And you know that she's half crazy. But that's why you want to be there ». La Suzanne qui vient de disparaître sur le grand écran, à la fin du nouveau film de la prometteuse Katell Quillévéré, est à l'image de celle chantée par Leonard Cohen. Un brin folle. Folle d'amour pour une petite frappe à la beauté mutique. Petite chose fragile et agitée, bombe à retardement, le genre des filles à fuir pour les yeux du poison violent. Le genre de fille qui fait qu'on reste. Comme dans la chanson de Cohen.

 

Pendant une heure trente, on reste accrocher à son prochain accrochage. Suzanne n'est pas de la mauvaise graine. Plutôt une jolie plante, choyée comme il se doit, mais qui n'aurait pas poussé droit. Choyée par un père veuf (François Damiens, brillant acteur dans le drame). Aimée par la complicité bienveillante d'une grande sœur (Adèle Haenel, tout en retenue). Elle a dix ans, elle fait des bêtises comme toutes les gamines de dix ans. Ricane bêtement. Pleure stupidement. Puis soudainement elle en a 17 et un enfant dans le ventre. Rien n'est expliqué. Rien est montré. Sauf ce père convoqué par une directrice soucieuse de lui apprendre la nouvelle. La baffe tombe, sonne la fin de l'innoncence,  puis plus rien. Première rature. Puis Suzanne a la vingtaine, un gamin qu'elle trimbale partout, dans les bars, dans les sorties. Elle rencontre Julien, bad boy de Marseille au charme brut. Le baiser se dépose, signale le début de la passion, des ennuis. Rien n'est expliqué. Rien est montré. Mais le poison violent comme le nommait Gainsbourg plane. Suzanne se barre avec Julien. Laissant enfant, abandonnant sœur aimante et père muet sans explication. Seconde rature. La suite ? Une succession de brouillons de vie, des dérives, de la prison, une nouvel enfant...

 

Suzanne victime consentante du poison violent

La suite se construit sur ce schéma déroutant d'un cinéma qui jamais ne dit un mot de trop. Se fait pour unique morale de refuser à tergiverser sur les actes de son héroïne. Préférant laisser au spectateur son ultime jugement. S'il en existe un... Comme dans son premier film d'une justesse infinie (Un Poison Violent) Katell Quillévéré pose un regard dépossédé de sa morale habituelle et cinématographique. Si la mécanique disserte au départ, très vite, elle devient ciment du propos. Elle ne donne jamais les scènes clés, les scènes fondamentales qui éloigne Suzanne de sa famille et d'une route sagement tracée. Pas de première fois, pas d'accouchement, pas de violences, pas d'arrestation, pas de pathos à l'écran. Juste une famille qui tente de réparer les blessure infligées. Juste le visage lumineux de Suzanne qui revient à chaque fois dans un univers sombre, où la dérive guette à chaque fois que le poison violent rode. Juste le visage de cette grande actrice qu'est cette petite chose fragile en apparence qui s'appelle Sara Forestier. Actrice abonnée aux rôles de filles bancales. Petite ado rebelle chez Kechiche, petite bourgeoise cocaïné dans Hell, pute politique dans Le Nom des Gens, fille maladroite dans Télé Gaucho et fille frappante dans Mes Séances de lutte, Forestier a la grâce des filles bancales. Toujours un peu les mêmes, elles tiennent leurs promesses et vont toujours un peu plus loin que des limites de celle-là. Devenant surprenante. Vous arrachant un sourire guilleret à la vue de cette plongée sur son incapacité à se séparer du garçon. Vous arrachant l'instant suivant une larme face à sa réaction à la nouvelle de son fils placé en famille d'accueil. Suzanne l'amoureuse, la silencieuse, la violente intériorisée était un rôle taillée pour ses frêles épaules et sa grande et belle gueule d'actrice.

 

Suzanne, bande-annonce

Tag(s) : #Cinéma, #Suzanne, #Katell Quillévéré, #Sara Forestier, #François Damiens, #Adèle Haenel

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