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Dès fois, les garçons avant de vous quitter ça fait des trucs chouettes comme vous offrir un album de Vincent Delerm. L'homme chante Deauville, Trintignant et Fanny Ardant. Si votre gêne mélancolique est sur développé, vous êtes alors fatalement condamné à vous éprendre de lui, le chanteur offert. Puisque de toute façon l'autre garçon tôt ou tard, mais surtout tôt, se fera la malle, vous laissant les valises trop encombrantes de votre tendre histoire sur les bras. Débrouille-toi avec ça petite. Pas grave, mec. Il restera éternellement l'album de Vincent Delerm, et les suivants avec. Ces albums trimbalés comme des valises à souvenirs, à comptines de vie assassines et divines. Des chansons écoutées un peu partout. Sur une route de nuit, sur les quais de Seine, dans une librairie. Des paysages en textes. Des textes comme des images punaisées dans votre mémoire à vie. Sa mémoire ne flanche jamais, lui, et grâce à lui la nôtre non plus. Elle fourmille d'images d'Epinal rassurantes, de scènes vues et revues au cinéma ou dans la vraie vie. On pourrait qualifier ça de «charme delermien» : brouiller les pistes entre ces deux mondes là.

 

Après avoir nommé un baiser Modiano, eu une brève relation avec Fanny Ardant, fantasmé sur les jambes de Steffi Graf et avoir loupé Deauville avec Trintignant, le garçon de 1976 chante l'image d'Epinal la plus en vue et la plus vécue : l'histoire d'amour. Cette fois-ci, l'amour n'est plus partagé avec l'actrice de Vivement Dimanche, ni une fille de 1973 mais avec une belle fille comme on en trouverait dans un film de la Nouvelle Vague. Traînassant dans un appartement parisien, cigarette et roman en main. L'air désinvolte. Delerm, 37 ans au compteur, les cheveux grisonnants, la verve déshabillée de son name-dropping jugé agaçant par une bande d'insensibles, expose en 13 chansons seulement son hyper sensibilité à la chose de la vie. Son nouvel album, ces Amants Parallèles, est une variation sur le même thème, du je t'aime au je ne t'aime plus.

Les amours delermiennes

Après 5 ans d'absence, le plus tout jeune prodige de la chanson mélancolique revient dans les bacs avec un disque étonnant. A la fois ressemblant et complètement différent de l’œuvre passée. Un disque de l'entre-deux. Victime de toute beauté des tristesses de l'âge en fuite. Toujours aussi imagé, beaucoup moins référencé, débarrassé de l'ironie delermienne, ce disque ne commente plus les choses de la vie mais une chose. Unique sujet : l'histoire d'amour. De la première rencontre dans les airs (L'avion) à la déchirure, la rupture de la vie à deux avec l'arrivée de l'enfant (Ces deux-là), des émerveillements des débuts aux instants les plus cruciaux, la plume de Vincent Delerm n'oublie rien. Souci d'extrême vérité. Souci de poétiser la banalité d'un quotidien ultra commun. Souci delermien à trente comme à presque quarante ans. Souci rassurant comme cette voix féminine sur Ces deux-là chantant « A cet instant, il pensa « voilà c'est la fin de cette partie là, de cette vie-là », de ces deux là une dernière fois ». Rassurante cette voix delermienne, copié-collé d'une voix truffaldienne contant les dérives de son héros Antoine Doinel, sur Hacienda. Titre comme un passage obligé, à l'aube d'une frontière de la vie, où le tout jeune père regarde dans sa mémoire l'éternel adolescent. « Est-ce que c'est toi vraiment le garçon près d'un enfant ? ».

 

Dans ce disque bref comme l'amour, comme un film, oui, c'est incontestablement bien lui, quelques codes et instruments en moins. Car si le sujet est unique, l'instrument aussi. Deux pianos, l'un classique, l'autre sacrément trituré pour sortir des bruitages d'une harmonie rare. L'instrument le plus mélodique qui soit, soutenu par cette voix sans tapage, narrateur littéraire ou cinématographique, photographient ensemble les instantanés de vie. Des instantanés amoureux, aux allures de Nouvelle Vague – sans jamais citer la Nouvelle Vague. « Ces petits riens » chantés et parlés se souviennent de tout. Et c'est beau comme tout, cette petite voix qui énumère les pourquoi on aime l'autre sur Hacienda. Ces « dès fois » où elle met sa tête contre la vitre du métro, regarde le tunnel et voilà, où des fois elle regarde un peu un match avec lui, et sa position quand elle dort le matin on dirait une petite fille dans un dessin animé japonnais. Comme la fille du disque qui « connaît le film par cœur », on connaît le cinéma chanté-parlé de Vincent Delerm par cœur. Cela n'empêche que comme nos films préférés, on pourrait l'écouter, le regarder en boucle. Le par cœur ne connait point de lassitude avec lui. Et quand le disque est fini, on a envie de pleurnicher salement comme à fin d'un film tant aimé. Comme dans la vraie vie.

Les Amants Parallèles de Vincent Delerm (Tôt ou Tard) dans les bacs le 25 novembre

En écoute intégrale sur Télérama jusqu'au 24 novembre :

http://www.telerama.fr/musique/ecoutez-le-nouvel-album-de-vincent-delerm-les-amants-paralleles,105281.php

Les Amants Parallèles, premier extrait du nouvel album de Vincent Delerm

Tag(s) : #vincent delerm, #chanson française, #Musique, #Tôt ou Tard

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