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Trois heures. Trois heures et même pas un Leonardo Di Caprio crevant dans une eau glaciale à la fin. Trois heures pour voir deux nanas sacrés reines de Cannes descendre ensuite leur progéniteur de génie. Trois foutues heures avec une bouche aguicheuse, des cheveux bleus et des gros gros gros plans. Trois heures bordel, que je pourrais passer enfermée à regarder des classiques plutôt qu'à faire genre « j'ai vu la Palme et bla et bla et bla ». J'aurai voulu esquiver ces trois heures, mais la pluie et l'amitié en a décidé autrement pour moi. Bien décidés à me mettre face à ma connerie.

 

Trois heure c'est rien dans une vie. C'est le temps d'un coup de foudre. D'écouter quelques albums de Bob Marley. De relire L’Existentialisme est un humanisme. Trois heures c'est rien pour raconter l'apprentissage d'une jeune fille en fleur. Apprentissage amoureux, sexuel, philosophique – la sainte-trinité tant qu'à faire. Adèle (Adèle Exarchopoulos) a 17 ans. L'âge de ne plus être une enfant et celui de ne pas être tout à fait encore une femme. Visage boudeur de poupon, corps aux courbes généreuses et gourmandes, Adèle a tout pour ne pas être sérieuse. Mais l'adage de Rimbaud n'est pas celui de tous les gamins de 17 ans. A une époque où le système éducatif français est pointé du doigt, Adèle trouve son épanouissement dans ce lieu fermé qu'est la salle de classe, lieu qui l'ouvre, la prépare à la vie à travers les lectures enseignées par ses profs de français. Temple du savoir, toujours admiré par le cinéma d'Abdellatif Kechiche, la salle de classe revient plusieurs fois à l'écran. A chaque fois avec un enseignant, une lecture, une Adèle différentes. Les deux premiers aidant cette dernière dans sa quête d'identité. L'identité amoureuse, sexuelle Adèle l'a trouvera hors des bancs de l'école au détour d'une rue. Mais ce sont les lectures de Marivaux et d'autres qui réveilleront, accompagneront son éclosion sentimentale. Coup de foudre immédiat, cadré au plus près du regard pour mieux en ressentir le battement de cœur défaillant. L'obscur objet du désir est une fille. Emma (Léa Seydoux) a les cheveux bleus et le regard insistant et éperdu du coup de foudre. Sur grand écran, le réalisme flamboyant d'Adellatif Kechiche dessine la plus belle histoire d'amour de ces dernières années.

 

L'histoire d'amour n'est qu'une étape dans la vie d'Adèle, étape destructrice, passage obligé pour se construire. Cannes et la presse n'a souvent trop retenu qu'elle, l'histoire d'amour entre ces deux filles. Deux jeunes filles soumises à la passion. Deux jeunes actrices offrant leurs chairs et leurs larmes au tyrannique Kechiche pour les uns, démiurge pour les autres. Mais face à l'écran, le spectateur oublie ce qu'il croit savoir du scénario, du tournage et même de l'amour. Ces trois heures lui raconte l'universalité de cette singularité là : la passion. Foudroyante naturellement. Sous la tutelle d'Emma l'artiste, Adèle apprend la vie, l'art, le sexe. Et on apprend, on se souvient avec ce joli minois qu'on laisse des plumes à cet apprentissage de la vie, de l'amour et des relations humaines. Car si l'alchimie corporelle est innée chez les deux jeunes femmes, il n'en va pas de même pour le reste. Tour à tout bienveillante et vampirisante, Emma essaye discrètement « d'apprendre la vie » à Adèle. Elle la fait devenir sa muse. Sûre d'elle en privé, Adèle perd ses moyens en public. Dans les scènes de groupe particulièrement flagrantes, elle s'écarte de la masse, observe avec distance et inconpréhension. Comme si le groupe était l'ennemi où sévit la domination de l'autre. Cette différence sociale subtilement soulignée par Kechiche annonce l'ère de la rupture. Scène quasi insoutenable où Emma met à la porte Adèle à la moindre faute.

 

Des années plus tard, elle se retrouve dans un café. Seconde scène insoutenable. La plus juste. La plus injuste où amour et désir ont laisser place à « l'infinie tendresse ». Toujours au plus près des corps, Kechiche attrape le bouleversement chimique des retrouvailles et l'impossibilité de celles-ci. Impossible de ne pas verser sa larme, pour le jeu surréaliste de sincérité des actrices, pour la fin programmée de ces 3 heures et le vécu qui refait surface. Une fois terminée, le réalisme déchirant de La Vie d'Adèle laisse un grand vide. Comme un manque. Comme l'affrex manque éprouvé par Adèle face à l'éloignement d'Emma. Manque avec lequel elle est condamnée à vivre, grandir. Il va falloir faire fort pour combler ce manque. A quand une aussi pure histoire d'amour sur nos écrans ?

La Vie d'Adèle ou l'éducation sentimentale

La Vie d'Adèle - bande-annonce

Tag(s) : #La vie d'Adèle, #Abdellatif Kechiche, #Adèle Exarchopoulos, #Léa Seydoux, #Cinéma

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