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Elle aurait largement de quoi agacer celle-là. Fille de, sœur de, compagne de. Privilégiée de longue date comme l'époque en a par intermittence horreur, Valeria Bruni Tedeschi a fait de sa faille un cinéma à part. Une thérapie par la caméra pour laquelle certains refuseront de verser un centime. Une thérapie voyeuriste pour soigner ses complexes de classe, d'héritière et de foi. Objet narcissique à souhait le cinéma de caste de la pauvre petite fille riche est facilement critiquable, surtout son troisième long-métrage où le scénario est un vague copier-coller de sa vie à elle, de fille de et compagne de. Un Château en Italie est une nouvelle aventure autofictionnelle signée Valeria Bruni Tedeschi. Et alors littérature, musique et cinéma ne font-ils pas éternellement de même ? Pomper la vraie vie pour te la donner en pâture.

 

Un peu plus tôt dans la journée, il y avait cette phrase marquante de Jean Cocteau exposée à la Cinémathèque et griffonnée à la va-vite. « Il y a erreur à croire que la nouveauté vient des sujets, de l'intrigue alors qu'elle ne peut venir que de la manière dont on la traite ». Le poète aurait aimé la poésie foutraque, quasi-hystérique de la pauvre petite fille névrosée dont la spécialité est de recycler ses malheurs. Le charme à l'italienne de Valeria Bruni Tedeschi est son mode bien à elle d'affront à la vie. La tragi-comédie à l'italienne. Le rire noir d'un Nanni Moretti croisé avec un vague cousin juif new-yorkais du nom de Woody Allen. Des nombrils qui n'ont d'yeux que pour eux au premier abord et réussissent à sublimer chaque personnage de leur entourage.

 

Louise, interprétée par Valéria Bruni Tedeshi, cache sous ses grands airs de dame du V ème arrondissement, capricieuse, égoïste et hautaine, une réalisatrice capable de faire de chacun de ses personnages secondaires des personnes de premier plan. Quasi tous présents pour la descendre, elle, pour pointer la médiocrité accablante de la petite princesse italienne déchue qui sert la soupe au SDF pour se donner bonne conscience. D'abord, il y a une mère au top (Marisa Borini) vrai mère de Valeria Bruni Tedeschi, qui suite au décès de son mari doit revoir à la baisse son train de vie. Elle a le chic de porter l'aristocratie sur le visage et la cruauté comme langage. Délicieusement fantaisiste elle incarne cette mère aux reproches incessants, insupportable pour l'enfant, irrésistible pour le spectateur. Vient ensuite le frère (envoûtant Filippo Timi) frère fou et flamboyant, atteint du SIDA. C'est avec et sans lui que Valeria Bruni Tedeshi partagera ses plus belles scènes. À mourir de rire leur complicité pour moquer la mère sans scrupule ou de chagrin quand une fois disparu, la sœur danse avec les chaussures du frère, clin d'oeil burlesque et déchirant. Puis il y a le compagnon sur grand écran et dans la vraie vie : Louis Garrel. Jeune acteur, foutraque, lyrique, indécis comme le cinéma français aime tant à l'exposer au cinéma. Il ne veut pas d'enfant, ni vivre le grand amour. Elle désire tout le contraire. Ces deux flippés de la vie, deux monstres d'égo et d'égoïsme composent un amour impossible forcément attachant. Attachant, oui, cet étalage de pathos, cette incursion du vrai dans le faux, ce voyeurisme poussif – jusqu'à la scène purement comique de l'insémination où Louise croit qu'on va l'inséminer avec un autre sperme que celui de son compagnon.

 

Chez la cinéaste, le pathos ne va jamais sans dérision. Même dans les passages les plus indélicats de la vie, il sauve son monde déconnecté des réalités et nous le rend attachant par son regard cinglant sur lui-même. Attachante cette cinquantenaire qui se tartine le corps d'eau bénite pour espérer enfanter un de ces quatre. Attachante cette vieille femme à la beauté aristocratique jouant du piano, seule, dans son grand appartement. Attachant cet homme mort-vivant mimant une partie de tennis. Attachant ce trouillard maladif qui tourne dans tous les films à papa. Attachants ces hommes et femmes de l'ombre qui servent la déclinante aristocratie et pointent tout leur mépris en douce (ndlr : la femme de chambre sera vendue avec le château de la famille). En fin de vie, ce vieux château, ce frère malade, cette fortune au bord de la ruine, retrouvent une seconde vie sous le langage si particulier des Bruni Tedeshi. L'humour vache avec les autres, et d'abord surtout avec soi.

La tragi-comédie d'une pauvre petite fille riche
Tag(s) : #Cinéma, #Valeria Bruni Tedeschi, #Un Château en Italie, #Louis Garrel, #Marisa Borini, #Filippo Timi

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