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« La passion c'est la guerre » lâchait l'héroïne (Lou Doillon) du dernier Jacques Doillon à son ex amant (Samuel Benchetrit). Dans Mes Séances de lutte, la nouvelle héroïne du cinéaste (Sara Forestier) pourrait échanger un discours semblable à ce non-amant qu'elle a loupé, il y a quelques temps. De retour au bercail, elle vient de perdre un père qui ne l'a jamais aimée. Elle est divinement foutraque et indomptable. « Danger pour elle et pour les autres » d'après les dires de cet amant loupé. Lui (James Thierrée) est un ours mal léché qui a écarté cette jolie furie de sa vie, par lâcheté ou « amour-propre » comme elle dit.

 

L'amour-propre de ces deux-là n'ont guère apprécié l'acte manqué. Pour se le faire comprendre, pour mieux se le reprocher, pour mieux tacler l'autre, pour mieux ne pas lui avouer ses sentiments, ils improvisent des séances de lutte pour contrer le désir inassouvi. La baise acharnée que réclament les corps de ces deux-là laisse place à une lutte acharnée à l'écran. Ça frappe, ça chatouille, ça mord, ça chamaille, ça fait mal. Un fascinant et forcené corps-à-corps en mouvement qui tient le spectateur-voyeur en éveil émerveillé par ce ballet qui vise à éviter ce dérapage auquel Elle se refuse. Car c'est Elle l'emmerdeuse, qui se refuse à cette coucherie de plus avec lui, et pourtant dieu sait qu'elle a couché. Mais avec cet ours grincheux il pourrait se poser le problème indélicat de l'amour. Comme dans tous les Doillon, il est l'acteur principal. Magnifiquement joué comme souvent et sans issue comme toujours. Joué par deux acteurs aux regards carnassiers, aux corps sauvages et mots féroces. Sara Forestier en « Elle » n'en finira donc jamais de nous subjuguer de sa beauté pas comme les autres. Pas une beauté du diable, non une beauté indomptable, têtue comme un mule, irrésistible comme une enfant boudeuse et hystérique comme une grande actrice. En plein dialogue amoureux ou ennemi, James Thierrée lui balance : « Quand tu arrêtes d'être furieuse, tu es jolie ». Pas faux, pas vrai. Cette fille-là est terrible qu'elle soit boudeuse, râleuse, salope, peste, tendre, violente, menaçante. Elle trouve de nouveau un film - après son rôle magnifique de « pute politique » dans Le Nom des Gens - à la hauteur de son talent. Fou.

 

Folie pure, de ces séances de lutte, où les coups pleuvent et les hématomes s'ancrent, naît le langage. Si cher à Doillon. Si ce film donne envie de se battre et plus si affinités, il donne également envie de tout prendre en note pour pouvoir jouer à un tel jeu, se battre avec les armes de la langue dans la réalité et pas seulement à l'écran. Car le jeu corporel vaut le jeu verbal. La partition si bien connue de la configuration amoureuse impossible chez Doillon embrase enfin les corps mais n'en écarte jamais la force des mots. La force insoupçonnable de ce « muscle » qu'est la bouche comme Elle le souligne. Un muscle fait pour mordre, parler et enfin jouir. Mais pour atteindre cette jouissance sexuelle et sentimentale, Elle comme lui rusent longuement dans ce huit-clos (qui a pour lieu la maison de Doillon). Longuement peut-être trop parfois, Doillon fait durer le plaisir avant qu'il ne soit assouvi , avant qu'il se pointe pour tout ravager. De toutes ces batailles, ces jeux de mains, jeux de vilains éternisés pourtant on ne se lasse guère. Dérobades ridicules pour les uns, dérobades aguicheuses pour les autres, ce marivaudage physique séduira sans aucun doute les plus contaminés par les excès de la passion. Ceux pour qui ce Elle et Lui, ces fervents amants sont d'une élégance folle avec leur jeu de mains. Jeu de belles personnes.

Bavardage corporel chez Doillon

Mes Séances de lutte bande-annonce

Tag(s) : #Mes Séances de lutte, #Jacques Doillon, #Sara Forestier, #James Thierrée, #Cinéma

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